Etat islamique – Publié le 12 décembre à 20:27 – Mis à jour le 14 décembre 2015 à 18:51

Qui sont les combattants étrangers de l'Etat Islamique ?

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Qui sont les combattants étrangers de l'Etat Islamique ?

Le Soufan Group a publié le 8 décembre un rapport sur les combattants étrangers de l'Etat Islamique en Irak et en Syrie pour l'année 2015, deux fois plus nombreux qu'en 2014. Ils seraient près de 2.000 originaires de France, et leurs profils restent très difficiles à déterminer, confirment les spécialistes.

Les troupes de l'Etat Islamique en Irak et en Syrie ne cessent de s'agrandir, si l'on en croit les chiffres du Safan Group, cabinet d'intelligence stratégique et militaire basé à New-York. Elles peuvent s'appuyer sur un contingent étranger toujours plus important, réunissant des combattants du monde entier.

Des effectifs doublés en dix-huit mois

Selon les chiffres communiqués le 8 décembre 2015 par le Soufan Group, ils seraient désormais entre 27.000 et 31.000 combattants originaires de 86 pays différents à avoir rejoint les rangs de l'Etat Islamique en Syrie et en Iraq. Leur nombre aurait donc plus que doublé en 18 mois, selon un rapport publié par le même organisme en juin 2014, qui recensait alors 12.000 individus engagés auprès de l'EI en Syrie. Quelles que soient les régions d'origine, ces chiffres ont considérablement augmenté, mais pas de manière uniforme.

Les combattants venus des pays de l'est de l'Europe auraient connus la plus forte progression, atteignant le nombre de 4.700, contre moins de 1.000 en 2014, mais les pays du Moyen-Orient et du Maghreb restent les principaux fournisseurs de djihadistes.

Pour David Thomson, journaliste chez RFI et auteur de Les Français djihadistes : 

Ces chiffres sont imprécis et paraissent très gonflés à la hausse, mais les tendances qui ressortent de ce rapport sont exactes.

Un avis partagé par Wassim Nasr, journaliste chez France 24 et spécialiste des mouvances djihadistes, qui précise que : 

Tous les effectifs de l'Etat Islamique ont doublé, pas seulement les étrangers

La France, premier fournisseur européen

Si l'Europe de l'ouest arrive en troisième position des régions d'origines des combattants, elle le doit surtout à quatre pays. La France en est le premier, avec 1.700 ressortissants engagés dans les rangs de l'Etat Islamique en Syrie et en Irak, suivie de l'Allemagne et du Royaume-Uni avec 760 individus chacun, et la Belgique avec 470 combattants recensés.

Au total, entre 1.700 et 2.000 personnes se seraient enrôlées dans des filières djihadistes depuis la France. Un chiffre élevé en comparaison des autres pays européens, qui s'affinerait de la manière suivante, selon les chiffres de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) et de la Sous-direction antiterroriste (SDAT), repris par Libération :

▷▷▷1923 personnes impliquées, en comptant les morts

► 577 personnes en Syrie ou en Irak

► 252 personnes revenues sur le territoire national

► 244 dans un pays tiers en transit ou en retour de la zone de conflit

► 708 personnes sur le territoire ayant manifesté une velléité de départ

► 142 morts

Pas de profil type

Dans son émission Un jour dans l’Histoire, diffusée dimanche 29 novembre, France 2 propose un découpage sociologique des djihadistes de France. Une tentative qui tend à casser le fantasme d’un profil type du djihadiste. Selon les chiffres communiqués, 67% d’entre eux seraient issus des classes moyennes, 17% des milieux favorisés et seulement 16% des milieux populaires, rompant ainsi avec le stéréotype du jeune homme de banlieue issu de l’immigration.

Mais comme le précise Libération, ces statistiques ne sont établies que sur la base d’un rapport conduit par Dounia Bouzar avec l'aide du Centre de Prévention contre les Dérives Sectaires liées à l’Islam (CPDSI), un échantillon qui ne peut faire office d'analyse pour l'ensemble des combattants français.

Une nuance confirmée par David Thomson, qui explique que les chiffres évoqués par France 2 «ne sont pas forcément représentatifs de la sociologie générale», et rappelle qu’aucune étude sur la sociologie de tous les djihadistes de France n’a été réalisée, «pas même par les autorités». Si le spécialiste considère qu’une majorité d'entre-eux provient «des classes populaires, avec un faible niveau d’instruction», on retrouve également «des gens très instruits, sans antécédents judiciaires».

Une analyse partagée par Wassim Nasr, qui développe : 

C’est une idéologie qui attire dans tous les milieux des gens qui mettent leurs capacités au service d’une organisation à laquelle ils adhèrent complètement

Un constat «pas rassurant» pour le journaliste de France 24, à l’opposé d’une stigmatisation minimisant le problème : 

On veut mettre des profils parce que ça rassure de les présenter comme ‘des délinquants, des paumés, des drogués, une secte...’ mais en réalité on n’a pas du tout le bon diagnostic

Un retour vers l'Islam

S'il n'y a pas de profil type des djihadistes étrangers qui rejoignent l'Etat Islamique, on peut néanmoins noter certains points communs dans leurs motivations

David Thomson affirme que :

Pour ce qui est des djihadistes occidentaux,on note à un moment donné un retour vers l'Islam, ou une conversion récente, qui date de quelques mois, quelques années tout au plus. Avant, leur vie n'est pas absolument pas tournée vers la religion

Ce que Wassim Nasr appelle la "révolution, la découverte d'une émanation de l'Islam", qui permet de prendre un nouveau départ, de commencer une nouvelle vie.

La coalition internationale et son "effet boomerang"

Pour l'analyste de France 24, "la coalition hétéroclite favorise la propagande de l'Etat Islamique, la prophétie de la 'dernière bataille', qui doit avoir lieu dans le nord d'Alep, en Syrie. La rhétorique des forces romaines réunies sous 80 bannières pour éliminer les musulmans se matérialise dans la constitution d'une vaste alliance entre pays occidentaux". La mise en place d'une coalition alimente la notion d'une guerre pour le bien, représenté par l'Etat Islamique, contre le mal, incarné par le reste du monde.

L'intervention militaire d'une coalition internationale a par ailleurs un "effet boomerang", selon Wassim Nasr. Plus celle-ci se met en place, plus les troupes de l'Etat Islamique grossissent. En plus de favoriser l'imaginaire d'une dimension apocalyptique, les dégâts collatéraux liés aux bombardements -la mort de civils et la destruction de bâtiments publics- favorisent le recrutement de combattants par l'Etat Islamique.

L'instrumentalisation de la religion, un esprit de revanche face à l'occident, mais également "une quête de soi, d'objectif, d'aventure, et d'amitié", selon le Soufan Group, constituent les principaux ressorts d'intégration au sein de l'Etat Islamique. Religieuses, politiques et personnelles, il apparaît donc que les motivations soient multiples, et le processus d'embrigadement plus complexe qu'il n'y parait. 

Article rédigé par Alexandros Kottis (@alexandros_kts) / Photo : Défilé de l'EI à Raqqa en janvier 2014 / AP