Israël – Publié le 10 mars à 15:49 – Mis à jour le 10 mars 2014 à 18:52

Ils désertent pour protester contre l'occupation des territoires palestiniens

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Ils désertent pour protester contre l'occupation des territoires palestiniens

Cinquante Israéliens ont refusé d'effectuer leur service militaire, obligatoire dans l'Etat hébreu, afin de protester contre l'occupation des territoires palestiniens par leur armée. Ces "déserteurs" ont par ailleurs publié une lettre ouverte au Premier ministre, Benjamin Netanyahu, pour l'en informer et dénoncer ce qu'ils appellent "les violations des droits de l'homme" en Cisjordanie. (Photo AFP)

Il s'agit d'un phénomène dont on parle peu et pourtant il semble prendre de l'ampleur, comme aiment à le rappeler les associations pacifistes locales, prônant le rapprochement avec les Palestiniens. De plus en plus de jeunes israéliens n'hésitent plus à déserter l'armée ou refuser leur service militaire pour exprimer leur désaccord avec l'action de Tsahal. Un acte de désobéissance civile symbolique puni par de la prison ferme. Dernier exemple en date, 50 personnes ont ainsi choisi délibérément de ne pas effectuer leur service (d'une durée de 22 mois pour les femmes et 3 ans pour les hommes), en signe de protestation contre les agissements de l'armée israélienne en territoires occupés. Afin de faire entendre au plus grand nombre leur message, ces derniers ont fait part de leurs intentions via une lettre ouverte publiée sur le compte facebook du mouvement Yesh Gvul, une association d'extrême gauche connue pour son antisionisme et fondée par des vétérans qui avaient refusé de servir au Liban, lors de la guerre de 1982. Les intéressés y dénoncent des pratiques militaires allant à l'encontre des droits de l'homme comme "la construction de colonies" et "les détentions administratives", ou encore "la torture" et les "exécutions". Le courrier précise également que l'opposition à l'occupation constitue "la principale raison" du refus, arguant que la situation ne pourra évoluer tant que de telles opérations seront commises.

Cette insoumission caractérisée n'est déjà plus un cas isolé en Israël, où l'allégeance à l'armée connaît du plomb dans l'aile depuis quelques années, trahissant ainsi un sentiment croissant de ras-le-bol chez les jeunes générations. La sortie en octobre dernier de l'ouvrage intitulé "Le livre noir de l'occupation israélienne" avait déjà tiré la sonnette d'alarme. Ce recueil compilant des témoignages accablants d'anciens soldats "repentis" sur les méthodes douteuses auxquelles ils se livraient, avait déjà mis en lumière cette problématique de méfiance, voire de rejet de l'institution militaire dans le pays.

En outre, la police de Tsahal a même été contrainte, dès le mois de mai 2012, de lancer une vaste campagne pour éradiquer le phénomène devant le nombre grandissant de déserteurs et autres objecteurs de conscience qui, selon les sources, oscillerait entre 2.000 et 2.500 par an sur les trois dernières années. Le quotidien Yediot Aharonot faisait d'ailleurs état à l'époque d'un chiffre en perpétuelle augmentation qui était passé de 1.800 cas pour 2010 à 2.700 au deuxième semestre de 2012. Une recrudescence significative à laquelle il faut ajouter une inquiétante vague de suicide observée chez d'anciens soldats, mais aussi les récentes manifestations d'étudiants juifs ultra-othodoxes contre le service militaire, duquel ils pourraient bientôt ne plus être exemptés*.

A l'heure où la politique d'expansion coloniale d'Israël n'a jamais été autant source de discordes entre les diplomaties étrangères, le spectre de la désertion gagne peu à peu les rangs de l'armée. Un constat indissociable des maux d'une jeunesse israélienne, usée par son éducation belliqueuse, qui manifeste sa désapprobation des autorités, exhortant ces dernières à se pencher sur d'autres préoccupations notamment sociales.

*Les étudiants en écoles talmudiques sont pour l'instant exemptés de service militaire en Israël, mais un projet de loi récemment déposé à la Knesset pourrait abolir ce privilège.

Mathieu D'Hondt @DHondtMathieu