Pas-de-Calais – Publié le 16 février à 21:08 – Mis à jour le 16 février 2016 à 21:58

Violences à Calais : 6 plaintes de migrants, la police des polices saisie

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Violences à Calais : 6 plaintes de migrants, la police des polices saisie

Six plaintes déposées par des migrants pour des faits de violences ont été enregistrées par le parquet de Boulogne-sur-Mer lundi. Quatre d'entre elles visent des forces de sécurité.

Le contexte de tensions et de violences dans la "jungle" de Calais ne retombe pas. Six plaintes pour violences déposées samedi par des migrants de Calais ont été enregistrées lundi par le parquet de Boulogne-sur-Mer, a confirmé une source proche du dossier à CNews. L’antenne lilloise de l’Inspection générale de la police nationale (IGPN) a été saisie sur quatre de ces procédures. Deux autres plaintes ont quant à elle été confiées à l’antenne de police judiciaire de Coquelles. Aucun auteur de ces violences présumées n’a pour l’heure été identifié.

"Ratonnades" et violences policières 

En raison de la peur qui résulte de leur situation illégale, les plaintes de migrants sont rares, malgré un contexte de violences exacerbées dans le calaisis. Début février, différentes associations alertaient sur la recrudescence des agressions menées par des groupes qualifiés de milices composées d’hommes encagoulés, vêtus de noir et armés de matraques, barres de fer ou de gazeuse. Sept individus, soupçonnés d’avoir participé à une telle expédition, ont été interpellés en flagrant délit jeudi dernier puis mis en examen.

Michel Janssens, chef de mission à  Médecin sans frontières (MSF) révélait aussi que sur les 3.000 consultations données par l’ONG en janvier, une centaine concernaient des coups et blessures. Ce dernier estimait que si certaines de ces violences étaient bien le fait de milices, la majorité était le résultat de violences policières. Des allégations persistantes de "harcèlement policier" dont s’inquiétait déjà l’ONU en juillet dernier, suite à un rapport de l’ONG Human Right Watch.

Vers d’autres plaintes ? 

Les plaintes déposées samedi résultent du travail du "centre juridique" de la jungle, créé suite à "l’appel des 800" pour Calais, à l’initiative de la juriste internationaliste Marianne Humbersot, avec le concours de l’avocat bordelais Raymond Blet, en janvier dernier. Installé sur place, dans une cabane en dur, ce centre a réalisé "400 consultations" de migrants qui ont abouti à ces plaintes, déposées - certificats médicaux à l’appui - par Me Marie-Hélène Calonne, avocate au barreau de Boulogne-sur-Mer. 

"C’est très bien que l’IGPN soit saisi. Il faut maintenant que l’enquête avance car on peut identifier les auteurs très vite", s’est réjouie Marianne Humbersot, jointe par CNews. La chef de mission du centre juridique précise cependant qu’elle entendait lancer de nouvelles procédures dès cette semaine.

"Prudence" de la préfecture et des syndicats 

Vendredi, la préfète du Pas-de-Calais, Fabienne Buccio, appelait à la retenue. "Il faut être très prudent, car nos policiers font déjà un travail difficile, il faut aussi respecter les forces de l'ordre." "Qu'ils (les migrants, ndlr) signalent ces faits, une enquête sera faite", poursuivait la haut-fonctionnaire, ajoutant que "ces actes malveillants" pouvait avoir été commis par des personnes qui "prenaient l'apparence de policiers". Une éventualité balayée par Me Calonne, qui précise à CNews que le récit et les descriptions livrées par les migrants ne laissent guère de place au doute.

Côté syndicats, si UNSA-police a vivement réagi dès dimanche, évoquant de "graves diffamations indignes et infondées", la tendance est à l’apaisement bien que l’on déplore une instrumentalisation dans ce contexte où le nombre de cas de policiers blessés lors d’affrontement se multiplie lui aussi. "On va laisser la justice faire son travail mais on sera là pour épauler les collègues. On se laisse le droit de se retourner en cas d’accusations mensongères", confie-t-on du côté d’Unité-SGP. "L’IGPN est saisie, on attend que la lumière soit faite sur cette affaire. S’il y a une faute, les sanctions sont prévues, mais les policiers ont aussi le droit à la présomption d’innocence", rappelle pour sa part un représentant d’Alliance. Affaire à suivre. 

Article rédigé par Marc-Antoine Bindler (@marcobindler) / Crédit photo : PHILIPPE HUGEN / AFP