​Affaire Bygmalion – Publié le 16 février à 13:56 – Mis à jour le 16 février 2016 à 13:57

Pourquoi Nicolas Sarkozy est entendu chez les juges ?

Pourquoi Nicolas Sarkozy est entendu chez les juges ? «
Play

Grammy Awards : Kendrick Lamar dénonce l...

»
Play

Journée ville morte en RDC pour exiger l...

Pourquoi Nicolas Sarkozy est entendu chez les juges ?

L'ex-président de la République est auditionné depuis mardi matin par les juges du pôle financier en charge de l'enquête sur l'affaire Bygmalion.

C’est une affaire dont l’ombre plane sur l’ex-UMP et Nicolas Sarkozy depuis un an et qui pourrait connaitre mardi un rebondissement de taille. L’ancien chef de l’Etat est entendu depuis le début de matinée dans le bureau des juges d’instruction en charge de l’enquête sur les fausses factures de Bygmalion et les comptes de sa campagne présidentielle 2012. Selon les informations de CNews, le président des Républicains est convoqué en vue de sa possible mise en examen. Toutefois, les magistrats du pôle financier du tribunal de grande instance de Paris pourraient décider de le placer sous le statut de témoin assisté au terme de son audition. Que veulent savoir les juges ? CNews fait le point.

Bygmalion, c’est quoi ? 

Bygmalion est en fait le nom d’une agence de communication fondée par deux proches de Jean-François Copé, président de l’UMP au moment de la campagne présidentielle 2012, qui démissionnera suite à cette affaire en mai 2014. Lors de la présidentielle, Bygmalion est chargée, via sa filiale évènementielle Event & Cie, d’organiser les meetings de campagne candidat UMP, le président de la République sortant : Nicolas Sarkozy.

Sur quoi porte cette affaire ?  

En 2012, les candidats parvenus au second tour de l’élection présidentielle sont tenus de respecter un plafond de dépenses de campagne de 22.509 millions d’euros, fixé par la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques (CNCCFP). En cas de dépassement de ce plafond, le candidat s’expose au non remboursement de ses frais de campagne et à des pénalités.

Or, dans cette affaire, les enquêteurs ont mis au jour un système de fausses factures, émises par Event & Cie à destination de l’UMP, portant sur des prestations fantômes. Quel est le but présumé de la manœuvre ? Masquer une explosion des dépenses de campagne du candidat Sarkozy en les prêtant à l’UMP. Le montant de la fraude estimé par les enquêteurs est monstre : 18.5 millions d’euros réglés par l’UMP. Enfin, un dernier élément, sans lien avec la société Bygmalion, est venu s’ajouter au dossier : une ligne de compte intitulée "présidentielle" dans le budget de l’UMP et indiquant 13,5 millions d’euros de dépense, quand seulement 3 millions ont été déclarés dans les comptes de campagne.

Nicolas Sarkozy savait-il ? 

Nicolas Sarkozy a-t-il était-il au courant de telles pratiques ? A-t-il cautionné un envol des dépenses de campagne ? Telles sont les questions qui en creux animent cette affaire et auxquelles les magistrats tentent désormais d’obtenir des réponses. Aucun des treize mis en examen dans ce dossier n’accuse l’ex-président de la République. Dans un entretien à L’Obs en octobre dernier, Jérôme Lavrilleux, ex-directeur de cabinet de Jean-François Copé à la présidence de l’UMP et ancien directeur-adjoint de la campagne, estimait que Nicolas Sarkozy avait a minima approuvé une explosion des dépenses :

"Les comptes de campagne de Nicolas Sarkozy en 2012 ont débordé de tous les côtés. Il n'y a que Nicolas Sarkozy pour dire dans sa déposition que cette affaire ne concerne pas sa campagne". 

L’enquête a démontré que Nicolas Sarkozy avait obtenu en mars 2012 une augmentation significative du nombre de ses meetings après une requête formulée à son équipe de campagne. Pourtant, selon Guillaume Lambert, son ex-directeur de campagne, le président de la République avait bien été informé de l’existence d’une note d’expert-comptable pointant un risque de dépassement du plafond de dépenses et préconisant une "interdiction absolue d'engager toute dépense complémentaire". Les meetings passent tout de même d’une vingtaine à 44. Entendu en septembre dernier, Nicolas Sarkozy nie un tel degré d’implication. "Je n'ai ordonné aucune dépense de ma campagne. Je n'ai vu aucun devis" ni "aucun projet de budget" et "n'ai choisi aucun prestataire", déclare aux enquêteurs celui qui assure avoir découvert le nom de Bygmalion avec l’affaire. 

Des affirmations sur lesquelles les juges du pôle financier ont donc décidé de se pencher une nouvelle fois mardi. S’ils estiment qu’il existe "des indices graves et concordant" prouvant l’implication du chef des Républicains dans ce dossier, ils pourront alors prononcer sa mise en examen. 

Article rédigé par Marc-Antoine Bindler (@marcobindler) Crédit photo : THOMAS SAMSON / AFP