Histoire – Publié le 17 octobre à 19:13 – Mis à jour le 17 octobre 2014 à 22:19

17 octobre 1961: 53e anniversaire d'un massacre

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17 octobre 1961: 53e anniversaire d'un massacre

Le 17 octobre 1961 un massacre a été commis dans les rues de Paris. La répression policière qui s'est abattue sur des manifestants algériens a coûté la vie à des dizaines, voire des centaines de personnes. L'Etat français a mis une cinquantaine d'années à reconnaître officiellement cet évènement.

Sept ans après le début de la guerre d'Algérie, l’indépendance apparaît de plus en plus inéluctable. Les Français ont approuvé l’autodétermination de l’Algérie le 6 janvier 1961 lors d’un référendum. Mais cinq mois avant que les Accords d’Evian n’entérinent l’indépendance algérienne, des exactions se déroulent à Paris. Elles seront passées sous silence pendant des décennies.

Manifester contre le couvre-feu

Un couvre-feu destiné aux Algériens résidant en région parisienne a été mis en place par Maurice Papon, préfet de police de la Seine, depuis le 5 octobre. La Fédération de France du FLN décide de riposter à ce couvre-feu discriminatoire en organisant une manifestation.

Des milliers d'Algériens ont été arrêtés par la police et emmenés vers des centres de tri dans des cars. (Crédit: AFP/Archives)

Les Algériens de la région parisienne sont donc appelés à manifester pacifiquement, avec femmes et enfants, le 17 octobre. Maurice Papon est chargé d’empêcher et de disperser la mobilisation. La répression sera violente et meurtrière. La police utilise des matraques et des armes à feu, des manifestants sont même jetés dans la Seine. Quelque 11 000 Algériens sont arrêtés et emmenés par la police dans des cars en direction des centres de tri.

Un Algérien blessé le 17 octobre 1962. (Crédit: Elie Kagan, l'un des seuls photographes à avoir couvert la manifestation et la répression du 17 octobre 1961)

Le bilan total de ce massacre est matière à controverse, mais le nombre de morts varie entre plusieurs dizaines et quelques centaines selon les chercheurs.

Occultation

Cet évènement a été complètement occulté pendant des années par le pouvoir. L’historien Gilles Manceron, auteur de La Triple Occultation d'un massacre, explique dans un entretien au Monde les moyens utilisés pour imposer le silence :

Sur le moment, il y a eu censure de la presse, avec l'empêchement des journalistes à se rendre sur les lieux de détention des Algériens, par exemple. Et puis très vite, les instructions judiciaires ont été closes sans aboutir. Il y en a eu une soixantaine, elles ont toutes débouché sur des non-lieux. Une volonté d'oubli judiciaire, qui s'est combinée avec les décrets d'amnistie, qui couvraient les faits de maintien de l'ordre en France, une difficulté à accéder aux archives, l'épuration d'un certain nombre de fonds... tout cela a contribué à ce phénomène d'occultation jusqu'à la fin des années 1970.

La longue bataille de la mémoire

La lumière sur ce massacre s’est ensuite faite progressivement. Les publications d’écrivains et d’historiens y ont contribué ainsi que la création de l’association "Au nom de la mémoire" par des descendants d’immigrés algériens. A la fin des années 1990, le procès de Maurice Papon pour complicité de crimes contre l’humanité sous l’Occupation contribue certainement à la réouverture du dossier. En 1999, le tribunal correctionnel de Paris admet l’utilisation du terme "massacre" pour évoquer cet évènement.

Les collectivités locales ont été les premières instances républicaines à faire un pas vers la reconnaissance, à l’instar de la mairie de Paris qui commémore tous les ans depuis 2001 le massacre du 17 octobre 1961. Mais il faut attendre 2012 pour qu’une reconnaissance officielle émane de la part de l’Etat. 

17 octobre 2014 : une commémoration Franco-Algérienne

A l’occasion du 53e anniversaire du massacre, une délégation de parlementaires algériens s’est rendue pour la première fois aux cérémonies de commémoration à Paris.

Anne Hidalgo, maire de Paris, et Amar Bendjama, ambassadeur d’Algérie à Paris, déposent une gerbe devant la plaque commémorative dédiée aux victimes du 17 octobre 1961. (Crédit : Mairie de Paris)

Interviewé par le quotidien algérien El Watan, Abdelkader Haddouche, député algérien qui a assisté aux commémorations ce vendredi, a déclaré :

Vous savez, une bonne partie de la classe politique française a évolué sur le 17 Octobre 1961. Et là, il ne faut pas avoir honte de citer François Hollande qui, en tant que candidat puis en tant que président, a porté une parole forte pour la reconnaissance du massacre. Je ne peux que m’en féliciter ! Cela a permis d’apaiser les esprits et d’ouvrir une nouvelle page dans l’histoire de la relation Algérie-France.

Maïna Fauliot (@MainaFauliot)