L'ancien cinéma du Colisée à Rabat a été refait de fond en comble pour offrir les premières salles "premium" du continent africain, nouveau théâtre de conquête de l'industrie du divertissement. Petites salles insonorisés, fauteuils design, projecteurs dernier cri, le but est d'attirer la clientèle pour développer le cinéma et permettre l'accès à la culture. Les marbres précieux du hall ont été rénovés pour donner du cachet, les fauteuils à double accoudoirs sont de couleur blanche, pour "garantir une propreté visible". Pierre-François Bernet, le porteur du projet, a tout misé sur le concept émergent des cinémas haut de gamme qui marchent de mieux en mieux en Asie mais aussi en France et aux Etats-Unis, avec un confort maximum. Les chiffres du Centre cinématographique marocain (CCM) sont pourtant catastrophiques : le pays comptait près de 300 cinémas dans les années 1980, il en reste une trentaine. Autrefois très populaires, les salles obscures ont vu leur fréquentation chuter à 1,5 million d'entrées, même si le niveau des recettes, est revenu l'an dernier à 6,5 millions d'euros, concentré sur un réseau de quatre multiplexes, à Casablanca, Marrakech et Tanger. Sur la même ligne que Pierre-François Bernet et sa société Ciné-Atlas, des groupes, avec des stratégies différentes, cherchent à occuper un marché déserté depuis dix ans en Afrique et au Maghreb. Le groupe Pathé-Gaumont, leader de l'exploitation des salles en France, va inaugurer d'ici la fin de l'année à Tunis son premier multiplexe hors d'Europe. Depuis 2015, le groupe Vivendi a ouvert huit salles en Afrique centrale et de l'Ouest avec son réseau Canal Olympia et en prévoit "plusieurs dizaines dans les années à venir" pour "répondre aux attentes d'un continent africain en forte croissance, avide de consommation de biens culturels", selon un récent communiqué du géant du divertissement. A deux pas du premier Ciné-Atlas, sur la plus grande avenue du centre-ville, le cinéma "Renaissance" ne redoute pas la concurrence mais espère au contraire voir "se dynamiser" Rabat, métropole assoupie de près de 600.000 habitants qui se rêve en "capitale culturelle du Maroc". "Ça peut changer l'image du centre-ville et attirer les classes aisées" qui vivent dans les quartiers résidentiels excentrés, estime Zainab Guedira, la directrice générale du "Renaissance". Pour attirer la nouvelle génération "nourrie aux films gratuits sur internet", Pierre-François Bernet parie évidemment sur les blockbusters américains. L'investisseur mise notamment sur les confiseries et sur la publicité grand-écran, avec un taux espéré de remplissage de 35% -contre 5% dans les autres cinémas du Maroc-, grâce aux quatre salles découpées dans le grand espace avec balcon du vieux Colisée.